Rosettes de joubarbe et coussins de sedum installés entre les pierres d'une cage de gabion, planche aquarelle botanique
Balcon & Terrasse

Plantes pour mur de gabion : ce qui tient vraiment

Plantes pour mur de gabion : les trois familles qui tiennent sur une cage de pierres, le volume de terre minimum et l'arrosage des deux premières saisons.

· Chloé Renard · 9 min de lecture

Les voisins du premier ont fait monter un muret de gabion l’été dernier, en bas, pour séparer leur bout de terrasse de la cour commune. Trois cages de cent centimètres sur trente, remplies de pierres grises en deux après-midi. C’était laid. Franchement laid, et je l’ai pensé très fort en passant devant avec mon arrosoir.

Quelques mois plus tard, la voisine m’a demandé ce qu’on pouvait « mettre dessus pour que ça verdisse ». J’ai répondu trop vite. De l’aubriète, du sedum, ça pousse n’importe où, ai-je dit, du ton de quelqu’un qui a quinze ans de plantes derrière lui. Elle a acheté trois godets, les a calés entre deux pierres avec une poignée de terreau universel, et tout était sec en cinq semaines.

Je m’étais trompée sur un point, et c’est le seul qui compte. Une cage de gabion se plante comme un toit. J’ai mis un moment à le formuler comme ça, et depuis, tout le reste en découle.

Nom commun
Orpin, sédum
Nom latin
Sedum spp.
Famille
Crassulacées
Exposition
Plein soleil, 6 h minimum
Sol
Minéral, pauvre, drainant ; 4 à 15 cm d'épaisseur suffisent
Arrosage
Les deux premières saisons, puis aucun
Floraison
Variable selon l'espèce, de l'été au début de l'automne
Difficulté
★☆☆☆☆ — la plus tolérante de toutes les plantes de mur

Ce qu’une cage de pierres fait subir à une racine

Je me suis accroupie devant celui de la cour, un jour de juillet, et j’ai glissé la main entre deux pierres. Sec. Sec sur toute la profondeur du bras, à quinze heures, quatre jours après un orage qui avait détrempé mes jardinières.

Les cages courantes se montent en fil d’acier électrosoudé de 4,5 mm, avec une maille de 5 sur 10 centimètres, et elles se remplissent de pierres calibrées entre 60 et 120 millimètres. Entre deux cailloux de cette taille, il ne reste pas de la terre : il reste du vide. De l’air, quelques poussières, et l’eau qui traverse tout ça en un quart d’heure.

Ajoutez la chaleur. La pierre emmagasine le soleil de la journée et le restitue une bonne partie de la nuit, ce qui avance la végétation au printemps et protège du gel tardif sur une face au sud. L’avantage est réel. Il a sa contrepartie : une racine qui ne redescend jamais en température transpire quand tout le reste du jardin se repose.

La toiture végétalisée m’a servi de point de comparaison. Les règles professionnelles publiées par l’Adivet fixent pour la végétalisation dite extensive un complexe de culture de 4 à 15 centimètres, une charge totale de 60 à 180 daN par mètre carré en eau, et ne prévoient aucun arrosage sauf en régions méridionales. Douze centimètres de substrat, pas d’eau, plein soleil, tout qui draine. Une poche de gabion, c’est ça, posé à la verticale.

Tout ce qui pousse dans un massif ordinaire est donc hors sujet. Les hostas, les heuchères, les fougères qu’on voit sur les photos de murs végétalisés, oubliez : ce sont des plantes de sol frais, elles y passent une saison et elles brunissent.

Les poches de terre se ménagent au remplissage, jamais après

La voisine du premier ignorait ce point. Moi aussi, le jour où je lui ai répondu entre deux portes.

Une poche de terre dans un gabion n’est pas un trou qu’on creuse entre deux pierres avec les doigts. Elle se réserve pendant que la cage se remplit : on plaque un géotextile ou une natte de fibre de coco contre la face intérieure du grillage, on empile les pierres tout autour, et on garde ce volume-là pour le substrat. La toile retient la terre, le grillage retient la toile, et les pierres calent le tout. Le remplissage d’une cage est expliqué pas à pas ici, et c’est en le lisant qu’on voit à quel moment la poche doit être réservée : entre la pose du voile et le premier rang de cailloux, pas une étape plus tard.

Sur un mur déjà monté, cette solution est perdue. Restent les grimpantes au pied et les retombantes en tête, dont je parle plus bas. C’est déjà beaucoup.

Le substrat de la poche ne se choisit pas au hasard non plus. Le terreau universel seul se tasse, forme une croûte en surface et se dessèche en profondeur : je le déconseille dans un pot, je le déconseille dix fois plus ici. Le mélange que j’emploie pour tout ce qui vit sur un support minéral tient en trois parts : 50 % de terreau, 30 % de pouzzolane, 20 % de sable grossier lavé. La pouzzolane a un avantage précis sur la perlite dans cette situation. Elle ne remonte pas à la surface et ne s’envole pas au premier coup de vent.

Les crassulacées, les seules qui vivent vraiment dans la cage

Sedums et joubarbes. Je n’ai pas d’autre nom à proposer pour cette position, et ce n’est pas faute d’avoir essayé.

La joubarbe des toits porte son nom pour une bonne raison. Sa fiche botanique la donne sur les « murs, toits, rochers, surtout des montagnes, dans presque toute la France » ; ses rosettes font 5 à 8 centimètres, ses fleurs rose pâle 20 à 30 millimètres, et elle fleurit de juin à août. On la plantait autrefois sur les toits pour écarter la foudre, d’où son surnom d’herbe du tonnerre. Elle n’a pas attendu qu’on invente le gabion pour pousser dans deux centimètres de poussière entre deux pierres.

Le sedum fonctionne de la même façon, avec plus de couleurs. Sur les toitures végétalisées, il se pose en fragments, à raison de 40 fragments par mètre carré selon la valeur usuelle des mêmes règles professionnelles : des bouts de tige de cinq centimètres qu’on éparpille et qui s’enracinent seuls. C’est la méthode la moins chère, et celle qui reprend le mieux. Elle demande une saison de patience.

Trois à cinq godets par poche de trente centimètres suffisent. Ils se rejoignent en deux ans.

Ce qui se plante au pied et qui monte

Les grimpantes n’ont rien à faire dans la cage. Elles se plantent en pleine terre, devant, et elles utilisent le grillage comme un support gratuit. C’est la solution qui donne le plus de feuillage pour le moins de travail, et celle par laquelle je commence toujours quand on me pose la question.

La clématite se plante à 30 à 45 centimètres de la face du mur, jamais au ras : l’assise du gabion assèche le sol sur une bonne vingtaine de centimètres. Son collet s’enterre 5 à 10 centimètres sous le niveau du sol, ce qui lui fait émettre de nouvelles tiges depuis la base et la sauve d’un éventuel flétrissement. Son pied veut de l’ombre, sa tête veut le soleil. Une tuile posée à plat sur le sol, ou un petit coussin de lavande devant, règle la question.

Le chèvrefeuille grimpant, le lierre et l’hortensia grimpant demandent moins d’attention. Les deux derniers s’accrochent seuls par des crampons, sans palissage, ce qui tombe bien sur un grillage. On me demande souvent si le lierre abîme le mur. Sur un gabion, non : il n’y a ni enduit ni joint de mortier à décoller.

Le rosier grimpant, lui, ne grimpe pas tout seul. Il faut passer ses tiges dans les mailles au fur et à mesure, deux fois par saison, à l’horizontale de préférence, parce que c’est une tige couchée qui fleurit sur toute sa longueur.

Ce qui retombe de la tête du mur

Le dessus d’une cage est la position la plus facile des trois. Le muret de la cour n’a toujours rien dessus, alors que c’est là que ça aurait pris sans rien demander.

Vingt à vingt-cinq centimètres de substrat en tête de gabion, retenus par le même voile, et vous obtenez une jardinière de rocaille en longueur. Les plantes qui s’y plaisent retombent sur la face avant de 30 à 60 centimètres en deux ou trois saisons, ce qui habille le mur par le haut sans qu’on ait rien fait d’autre.

L’aubriète pour les coussins violets d’avril, la campanule des murs pour la floraison bleue de l’été, le thym serpolet qui supporte les -20 °C sans broncher, l’ibéris pour le blanc, les œillets à delta pour le rose. La campanule des murs est la plus résistante au froid du lot, rustique jusqu’à la zone 3. Toutes veulent la même chose : peu de terre, beaucoup de soleil, aucun engrais.

Le piège, sur cette position, c’est l’eau qui ruisselle. Une tête de gabion reçoit toute la pluie du mur et l’évacue en quelques minutes ; un plant fraîchement posé se retrouve déchaussé au premier orage. Calez-le avec deux pierres plates le temps de la reprise.

FamilleOù elle se planteTerre disponibleSoleil directArrosage après reprise
Sedums, joubarbespoche ménagée dans la cage4 à 15 cm6 h et plusaucun
Grimpantes à crampons (lierre, hortensia grimpant)pleine terre, 30 à 45 cm devantpleine terre0 à 4 haucun
Grimpantes à palisser (clématite, chèvrefeuille, rosier)pleine terre, 30 à 45 cm devantpleine terre4 h et pluspar période sèche
Vivaces retombantes (aubriète, campanule, thym, ibéris, œillets)tête de cage20 à 25 cm6 h et plusaucun

Les deux premières saisons décident de tout

Une plante de rocaille installée depuis trois ans ne demande rien. C’est vrai, et ça trompe tout le monde. Un pied posé le mois dernier dans douze centimètres de substrat drainant, coincé entre deux pierres qui chauffent, n’a aucune réserve. Il sèche en une semaine de canicule.

L’été de la plantation, arrosez tous les trois à quatre jours, au goulot, directement dans la poche. La deuxième année, une fois par semaine en période chaude, et rien le reste du temps. À partir de la troisième, plus rien du tout, sauf sur une face plein sud en région méridionale où un passage mensuel en été reste raisonnable.

Le matin. Jamais en plein après-midi sur une pierre à 45 degrés.

La règle : une poche de terre se réserve pendant que la cage se remplit, jamais après.

Ce que vous faites ce week-end

Sortez et regardez votre mur pendant une journée entière, à trois moments : neuf heures, quatorze heures, dix-huit heures. Notez laquelle des deux faces prend le soleil et combien d’heures. Six heures de soleil direct ou plus, vous êtes sur le régime sedum, joubarbe et vivaces de rocaille. Moins de trois heures, vous êtes sur le régime lierre et hortensia grimpant, et aucune crassulacée ne tiendra.

Posez ensuite la main à plat sur la pierre à dix-huit heures. Si elle est chaude, vous avez votre réponse sur l’arrosage des deux premières années.

Et si la cage est déjà remplie, ne perdez pas de temps à essayer d’y glisser quoi que ce soit. Plantez au pied. Une clématite mise en terre cet automne à quarante centimètres de la face couvrira un mètre carré de grillage l’été suivant, et personne ne se souviendra de la couleur des cailloux.

Questions fréquentes

Quelles plantes mettre sur un mur de gabion ?

Trois familles, et elles ne se plantent pas au même endroit. Les sedums et les joubarbes vont dans une poche de terre ménagée entre les pierres, avec 4 à 15 cm de substrat, comme sur une toiture végétalisée extensive. Les grimpantes (clématite, chèvrefeuille, lierre) se plantent en pleine terre au pied de la cage, à 30 à 45 cm de la face. Les vivaces retombantes (aubriète, campanule des murs, thym serpolet) se posent en tête de mur, dans 20 à 25 cm de terre.

Peut-on planter dans un gabion déjà rempli de pierres ?

Presque pas. La poche de terre se ménage au remplissage de la cage, contre un géotextile posé derrière le grillage, et une cage déjà pleine ne se rouvre qu'en la vidant partiellement. Sur un mur existant, il reste deux solutions qui marchent : planter des grimpantes au pied, et poser des retombantes en tête de cage si le dessus offre 20 cm de terre.

Quelle terre mettre dans un mur de gabion ?

Pas du terreau universel seul : il se tasse, il sèche en croûte et il retient trop peu. Un mélange de 50 % de terreau, 30 % de pouzzolane et 20 % de sable grossier tient la structure plusieurs saisons et draine comme les plantes de rocaille l'exigent. Comptez une épaisseur utile de 4 à 15 cm, la même qu'une toiture végétalisée extensive.

Faut-il arroser un mur de gabion végétalisé ?

Les deux premières saisons, oui. Après, presque plus. Comptez un arrosage tous les trois à quatre jours l'été de la plantation, puis un par semaine en période chaude la deuxième année. Une fois l'enracinement fait, les crassulacées et les vivaces de rocaille se passent d'eau, sauf sur une face plein sud en région méridionale.

Quelle grimpante pour un gabion à l'ombre ?

L'hortensia grimpant et le lierre. Tous deux s'accrochent seuls par des crampons et ne demandent aucun palissage, ce qui est exactement ce qu'il faut sur un grillage. L'hortensia grimpant met deux à trois ans avant de vraiment démarrer, et c'est normal : il fabrique ses racines avant ses tiges.

Le lierre abîme-t-il un mur de gabion ?

Non, et c'est une des rares situations où je le dis sans réserve. Le lierre abîme les enduits et les joints de mortier ; une cage de gabion n'a ni l'un ni l'autre. Le seul risque est le poids sur un mur monté avec un fil trop fin, et les cages courantes en fil de 4,5 mm électrosoudé le supportent.

Combien de plants prévoir par mètre carré de gabion ?

Pour les sedums installés en fragments, la valeur usuelle sur toiture végétalisée est de 40 fragments par mètre carré. Pour des godets de joubarbe ou de vivaces de rocaille, trois à cinq pieds par poche de 30 cm suffisent : ils s'étalent et se rejoignent en deux saisons.

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Photo de Chloé Renard
Chloé Renard Lyon, France

Passionnée de plantes depuis 15 ans, je partage mes guides de soin depuis mon appartement lyonnais. Ancienne assistante vétérinaire, j'apporte un regard scientifique accessible à l'entretien du végétal.

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