Le sansevieria, chez moi, c’est la plante du couloir. Celle que j’oublie, que je retrouve en pleine forme, et devant laquelle je me demande à chaque fois pourquoi je m’embête avec des calathea.
Ce que je ne savais pas au début, c’est à quel point le genre est varié. On croit connaître la langue de belle-mère à bordure jaune, et on découvre des feuilles cylindriques comme des crayons, des palettes uniques larges comme une main, des rosettes naines de 15 cm, des feuillages entièrement argentés sans la moindre rayure. Rien à voir les unes avec les autres, à part la manière de les arroser.
Voici dix variétés qu’on trouve réellement en France, avec les prix relevés, plus l’erreur de bouturage qui ruine à peu près toutes les tentatives de multiplication des formes panachées.
- Noms communs
- Sansevieria, langue de belle-mère, plante serpent
- Nom latin
- Dracaena trifasciata et espèces voisines, anciennement Sansevieria
- Famille
- Asparagacées
- Origine
- Afrique tropicale, Kenya, Tanzanie, Angola
- Lumière
- De la mi-ombre à la lumière vive indirecte
- Arrosage
- Toutes les 2 à 3 semaines en saison, 4 à 6 semaines l'hiver
- Température
- 18 à 30 °C, seuil hivernal contesté selon les sources
- Toxicité
- ⚠️ Modérément toxique (saponines) pour chats et chiens
- Difficulté
- ★☆☆☆☆ pour les formes courantes
Les dix sansevieria qu’on trouve vraiment en France
1. ‘Laurentii’, la classique à bordure jaune
Feuilles dressées vert foncé barrées de vert clair, avec cette marge jaune qui fait toute la silhouette. Elles montent à 70 ou 90 cm pour 5 à 6 cm de large. Botanic la vend 19,99 € en pot de 14 cm pour un sujet de 55 cm, et propose aussi des exemplaires de 120 cm en pot de 20 cm.
C’est la plus vendue, et celle dont on rate le bouturage le plus souvent. J’y reviens plus bas.
2. ‘Zeylanica’, la sobre
Feuilles larges, vert profond ondulé de gris-vert, sans aucune bordure jaune. Moins photogénique, plus facile à intégrer dans une pièce déjà chargée. JardinPourVous l’affiche à 14,95 € en pot de 14 cm et 19,95 € en pot de 17 cm.
Comme elle n’est pas panachée, elle se multiplie par bouture de feuille sans perdre son aspect. C’est le seul cas de la liste où c’est vrai.
3. ‘Moonshine’, l’argentée
Feuilles larges, gris argenté uni, avec juste un liseré vert sombre sur le bord. Elle a un côté minéral qui ne ressemble à rien d’autre dans le genre. C’est aussi la moins chère du lot : 9,95 € en pot de 9 cm pour 20 à 30 cm chez JardinPourVous, et de 8,99 à 13,99 € chez 123lesplantes selon le format.
Attention à la lumière : en pièce sombre, le gris argenté vire au vert franc et ne revient pas.
4. ‘Futura Superba’, la naine trapue
Version compacte du ‘Laurentii’, feuilles plus courtes et bien plus larges, marge dorée. Elle plafonne autour de 30 à 40 cm, ce qui la rend utilisable sur une table basse. Comptez 10,99 € chez 123lesplantes pour un sujet de 30 cm, et environ 19,95 € en pot de 12 cm chez Bloombox.
5. ‘Hahnii’ et ‘Golden Hahnii’, les nids d’oiseau
Rosettes naines de 15 à 20 cm, feuilles courtes disposées en coupe. La forme verte est discrète, la ‘Golden Hahnii’ porte des marges jaunes épaisses. Croissance lente, encombrement minuscule, tolérance à la lumière faible.
C’est le format que je conseille pour un bureau ou une salle de bains sans fenêtre généreuse.
6. Cylindrica, les crayons
Feuilles cylindriques, semi-rigides, d’environ 3 cm de diamètre, capables d’atteindre 2 m. On les vend souvent tressées ou étalées en éventail, une mise en forme faite en pépinière qui ne tient pas éternellement. Son nom accepté est Dracaena angolensis. Elle réclame 18 à 27 °C et ne descend jamais sous 13 °C. Truffaut la propose à 14,99 € en pot de 10,5 cm pour environ 25 cm.
7. Masoniana, la nageoire de baleine
Une feuille unique, énorme, en forme de palette, vert foncé tacheté de vert clair, avec une gaine à bandes pourpres à la base. Elle atteint 60 à 90 cm. En France, je ne l’ai vue qu’en vente directe entre particuliers ou sur des places de marché, jamais dans une enseigne. C’est une plante à un seul argument, mais quel argument.
8. Ehrenbergii ‘Samurai’, l’éventail
Feuilles bleu-vert aplaties, disposées sur deux rangs opposés, en éventail parfait. L’espèce peut monter de 0,75 à 1,80 m, mais le cultivar nain ‘Samurai’ reste bas et compact. Adopte une Orchidée l’affiche à 5,50 €, ce qui en fait la plus abordable de la liste. Son nom botanique accepté est Dracaena hanningtonii.
9. ‘Silver Flame’
Feuilles dressées à centre argenté marbré, cerné de vert foncé. Elle plafonne à 60 cm de haut pour 40 cm d’envergure en intérieur. Le seul revendeur que j’ai trouvé est allemand et néerlandais, à 39 € en pot de 12 cm pour un sujet de 36 cm, et il était en rupture. Elle demande une lumière vive indirecte pour garder son contraste.
10. Kirkii ‘Silver Blue’
Rosette de feuilles épaisses mouchetées d’argent bleuté, avec une marge ondulée rougeâtre. Devenue Dracaena pethera. Elle veut rester au-dessus de 18 °C en journée et souffre en dessous de 5 °C. La disponibilité française est incertaine : je l’ai vue chez un grossiste, en rupture, et une enseigne l’annonce en générique sans cultivar précisé.
Le tableau pour choisir d’un coup d’œil
| Variété | Aspect | Difficulté | Luminosité | Prix relevé |
|---|---|---|---|---|
| ’Laurentii’ | Dressée 70-90 cm, marge jaune | ★☆☆ | Mi-ombre à vive | 19,99 € (pot 14 cm) |
| ‘Zeylanica’ | Large, vert ondulé, sans jaune | ★☆☆ | Mi-ombre à vive | 14,95 € (pot 14 cm) |
| ‘Moonshine’ | Gris argenté uni | ★★☆ | Vive sans direct | 8,99 à 13,99 € |
| ‘Futura Superba’ | Compacte 30-40 cm, marge dorée | ★☆☆ | Mi-ombre à vive | 10,99 € (30 cm) |
| ‘Hahnii’ | Rosette naine 15-20 cm | ★☆☆ | Faible à vive | Prix détail non trouvé |
| Cylindrica | Tiges rondes, jusqu’à 2 m | ★★☆ | Vive, min 13 °C | 14,99 € (pot 10,5 cm) |
| Masoniana | Palette unique 60-90 cm | ★★☆ | Vive indirecte | Prix détail non trouvé |
| Ehrenbergii ‘Samurai’ | Éventail bleu-vert | ★★☆ | Vive | 5,50 € |
| ‘Silver Flame’ | Centre argenté, 60 cm | ★★☆ | Vive indirecte | 39 € (hors France) |
| Kirkii ‘Silver Blue’ | Mouchetée, marge ondulée | ★★★ | Vive, min 18 °C le jour | Prix détail non trouvé |
Sansevieria ou Dracaena : ce qui a changé en 2017
Le genre Sansevieria n’existe plus, et le rayon jardinerie l’ignore totalement.
La combinaison Dracaena trifasciata a été publiée en 2017, dans la quatrième édition du Mabberley’s Plant-Book, page 1101. Le fondement est phylogénétique : un article paru dans Phytotaxa le 9 novembre 2021, signé Takawira-Nyenya, Thiede et Mucina, établit que Sansevieria, à une exception près, forme un groupe imbriqué à l’intérieur d’un genre Dracaena paraphylétique. Autrement dit, garder les deux genres séparés n’avait plus de sens.
Le reclassement ne s’est pas fait d’un coup. L’ehrenbergii est devenue Dracaena hanningtonii, un nom antérieur qui prime, et le kirkii est devenu Dracaena pethera, chacun par une voie différente. C’est un processus étalé, pas un basculement unique.
Sur les neuf sites de vente français que j’ai ouverts, Truffaut, Botanic, Jardiland, JardinPourVous, Carrefour et les autres, aucun n’utilise « Dracaena » comme nom principal. Wikipédia en français, lui, a basculé. Ça vous donne une idée de la vitesse à laquelle une correction botanique atteint une étiquette de pot.
La panachure ne se transmet pas par bouture de feuille
C’est l’information la plus utile de cet article, et je ne l’ai vue nulle part sur les pages françaises consacrées aux variétés.
Coupez une feuille de ‘Laurentii’ en tronçons, plantez-les, attendez. Les nouvelles pousses sortiront vert uni, sans la moindre trace de bordure jaune. Ce n’est pas un raté de votre part : c’est génétique et systématique.
L’explication tient au type de panachure. Chez ces cultivars, elle est périclinale, ce qui veut dire que le tissu coloré n’occupe que certaines couches de la feuille. Une bouture de feuille se régénère à partir de cellules internes, qui ne sont pas panachées. Le résultat revient donc au type sauvage.
La règle : toute variété à bordure ou à marbrure, ‘Laurentii’, ‘Futura Superba’, ‘Golden Hahnii’, ‘Moonshine’, ‘Bantel’s Sensation’, se multiplie uniquement par division du rhizome. La bouture de feuille est réservée aux formes vertes comme la ‘Zeylanica’.
La division demande de sortir la motte, de repérer les rejets attachés au rhizome et de séparer avec un couteau propre en gardant des racines de chaque côté. C’est plus salissant qu’un verre d’eau sur le rebord de l’évier, et c’est la seule méthode qui conserve la plante que vous avez achetée.
Celles qui n’existent qu’en photo, et les étiquettes fausses
Trois cultivars circulent beaucoup sur les comptes de plantes sans distributeur français identifiable. ‘Bantel’s Sensation’, aux fines rayures blanches verticales, primé par la Royal Horticultural Society en 1993. ‘Twisted Sister’, naine et vrillée à bord doré, autour de 38 cm. Et ballyi, une miniature à rosettes stolonifères de 12 à 15 cm de diamètre, absente même des catalogues professionnels que j’ai consultés.
Deux pièges d’étiquetage méritent aussi d’être signalés. Le premier : ‘Black Coral’ et ‘Zeylanica’ sont deux cultivars distincts, souvent vendus l’un pour l’autre, le premier ayant des feuilles nettement plus étroites. Le second est plus gênant : une fiche produit d’un revendeur français annonce le ‘Moonshine’ comme non toxique, alors que la plante contient des saponines dans toutes ses parties, avec nausées, vomissements et hypersalivation à la clé chez un chat.
Un mot enfin sur les températures, parce que les sources françaises se contredisent. La Société Nationale d’Horticulture de France recommande de ne pas descendre sous 15 °C en hiver, quand d’autres guides descendent à 10 °C, et la cylindrica est donnée pour 13 °C minimum. Dans le doute, retenez 15 °C : personne ne perd une plante en la gardant trop au chaud.
Par quoi commencer
Pour une première plante, le ‘Zeylanica’ à 14,95 €. Il est sobre, il tolère tout, et c’est le seul de la liste que vous pourrez multiplier par bouture de feuille sans mauvaise surprise.
Pour un petit espace, le ‘Hahnii’ en rosette de 15 à 20 cm, ou le ‘Futura Superba’ à 10,99 €.
Pour un intérieur où tout est déjà vert, le ‘Moonshine’ argenté à 8,99 €, à condition d’avoir une fenêtre correcte. Sinon il verdit, et il ne redevient pas gris.
Pour quelque chose dont personne n’a chez lui, l’ehrenbergii ‘Samurai’ à 5,50 €, avec son éventail sur deux rangs.
Une fois la plante posée, tout se joue sur l’arrosage : le guide d’entretien du sansevieria donne la méthode du substrat sec jusqu’au fond, et le guide d’arrosage des plantes d’intérieur explique pourquoi cette plante meurt de trop d’attention. Pour comparer avec d’autres options faciles, le guide complet des plantes d’intérieur fait le tri.
Questions fréquentes
Pourquoi mon bouturage de Sansevieria Laurentii donne-t-il des feuilles vertes sans bordure jaune ?
Parce que la panachure des sansevieria est périclinale : le tissu jaune ne se trouve que dans certaines couches de la feuille. Une bouture de feuille repart de cellules internes non panachées et redonne du vert uni, systématiquement. Pour conserver la bordure du 'Laurentii', du 'Moonshine' ou du 'Golden Hahnii', il faut diviser le rhizome, pas bouturer une feuille.
Le sansevieria s'appelle-t-il encore sansevieria ?
Plus vraiment. La combinaison Dracaena trifasciata a été publiée en 2017 dans la quatrième édition du Mabberley's Plant-Book, page 1101, et un article de Phytotaxa daté du 9 novembre 2021 confirme que le genre Sansevieria est imbriqué dans Dracaena. Aucune jardinerie française consultée n'a changé son étiquetage : tout se vend encore sous le nom Sansevieria.
Le sansevieria est-il toxique pour les chats ?
Oui, modérément. Toutes les parties de la plante contiennent des saponines, qui provoquent nausées, vomissements, diarrhée, bave abondante et perte d'appétit. Certaines fiches produit de revendeurs français affichent pourtant « non toxique » sur des variétés comme le 'Moonshine', ce qui est faux. Placez la plante hors de portée d'un chat qui mordille.
Quelle est la plus petite variété de sansevieria ?
Les formes dites nid d'oiseau, 'Hahnii' et 'Golden Hahnii', qui forment une rosette de 15 à 20 cm de haut au lieu des 70 à 90 cm d'un 'Laurentii'. Elles conviennent à un bureau ou à une étagère étroite. Leur croissance est lente, ce qui est un avantage quand la place manque.
À quelle fréquence arroser un sansevieria ?
Toutes les 2 à 3 semaines au printemps et en été, toutes les 4 à 6 semaines en automne et en hiver, voire moins. Attendez que le substrat soit entièrement sec, jusqu'au fond du pot. C'est la plante d'intérieur où l'excès d'eau tue le plus souvent, et l'oubli presque jamais.
Combien coûte un sansevieria en France ?
Entre 9 et 20 € pour les variétés courantes. Botanic vend le 'Laurentii' 19,99 € en pot de 14 cm pour 55 cm de hauteur, JardinPourVous le 'Moonshine' 9,95 € en pot de 9 cm et le 'Zeylanica' 14,95 € en pot de 14 cm, Truffaut le cylindrica 14,99 € en pot de 10,5 cm. Les formes rares dépassent facilement 35 €.
Passionnée de plantes depuis 15 ans, je partage mes guides de soin depuis mon appartement lyonnais. Ancienne assistante vétérinaire, j'apporte un regard scientifique accessible à l'entretien du végétal.