Un lecteur m’a écrit l’an dernier depuis la Sarthe. Il avait acheté trois lavandes en jardinerie au printemps, les avait plantées dans un massif bien exposé, et les avait retrouvées grises et cassantes en mars suivant. Il voulait savoir ce qu’il avait raté sur l’arrosage.
Il n’avait rien raté sur l’arrosage. Il avait acheté des lavandes papillon, ces stoechas à toupet violet qui font des étals irrésistibles en avril, et qui gèlent autour de -10°C. Personne, en magasin, ne lui avait dit que la plante en face de lui était la moins rustique du genre.
C’est le problème de la plupart des articles sur les variétés de lavande. Ils comparent les parfums, la longueur des épis, la teneur en huile essentielle. Sauf que le parfum ne sert à rien si la plante ne passe pas l’hiver. Pour tous les jardiniers qui ne vivent pas entre Sisteron et Apt, la question qui décide de l’achat est celle du froid, et accessoirement de la pluie de janvier.
- Nom commun
- Lavande, lavandin, lavande papillon
- Nom latin
- Lavandula spp.
- Famille
- Lamiacées
- Espèces cultivées en France
- 4 principales : angustifolia, x intermedia, latifolia, stoechas
- Rusticité selon l'espèce
- de -20°C à -8°C
- Exposition
- Plein soleil, 6 h minimum
- Sol
- Pauvre, drainant, pH 7,0 à 8,0
- Durée de vie productive
- 8 à 12 ans avec taille annuelle
La rusticité de l’étiquette n’est pas celle de votre jardin
Une lavande annoncée à -15°C a été évaluée dans un sol qui draine. Chez vous, en terre limoneuse tassée par deux mois de pluie, la même plante peut mourir à -5°C.
Le mécanisme n’a rien de mystérieux. Les racines gorgées d’eau gèlent avec l’eau qui les entoure, les tissus éclatent, la plante repart au printemps sur ses réserves puis s’effondre en mai. On accuse le gel de février. Le vrai coupable est le drainage de novembre.
Deux gestes changent le résultat, et ils valent quelques degrés de marge chacun. Planter sur une butte de 15 à 20 cm de hauteur, d’abord, pour que l’eau descende au lieu de stagner au collet. Verser une bonne poignée de gravier au fond du trou de plantation, ensuite, dans une fosse d’environ 30 × 30 cm. En sol argileux, ajoutez du sable grossier à la terre de rebouchage : le substrat idéal pour la lavande tient en trois ingrédients et se prépare en dix minutes.
La règle : soustrayez 5°C à la rusticité annoncée si votre sol reste humide en hiver. Une stoechas donnée à -10°C ne tient alors que -5°C, et le nord de la Loire lui devient hostile.
Les quatre espèces, de la plus solide à la plus frileuse
| Espèce | Nom latin | Rusticité | Hauteur | Floraison | Altitude d’origine |
|---|---|---|---|---|---|
| Lavande vraie | L. angustifolia | -15 à -20°C | 30 à 60 cm | juin à septembre | 800 à 1 800 m |
| Lavandin | L. x intermedia | -15°C | 45 à 70 cm | juin à août | jusqu’à 800 m |
| Lavande aspic | L. latifolia | -10°C | 60 à 100 cm | à partir de juillet | moins de 600 m |
| Lavande papillon | L. stoechas | -8 à -10°C | 40 à 60 cm | mai à juillet | niveau de la mer |
L’altitude d’origine explique tout le reste. Avec l’angustifolia, on a affaire à une plante de montagne sèche, qui a passé son évolution à encaisser des hivers alpins. La stoechas pousse au bord de la Méditerranée, sur des sols acides, sans jamais voir un thermomètre négatif prolongé. Entre les deux, la lavande aspic occupe les collines basses et le lavandin, hybride naturel des deux premières, hérite d’une rusticité intermédiaire avec la vigueur en prime.
Une remarque de terrain sur la lavande dentée, L. dentata, qu’on trouve parfois sous l’appellation trompeuse de lavande anglaise : elle est donnée à -6°C en sol très drainé. C’est la plus fragile de toutes. En pot, sous véranda, elle fleurit presque toute l’année en climat doux. En pleine terre au nord de Valence, oubliez.
Les cultivars d’angustifolia à retenir si vous avez de vrais hivers
C’est dans cette espèce que se trouvent les deux valeurs sûres du genre, et elles ne coûtent pas plus cher que les autres.
| Cultivar | Rusticité | Dimensions | Floraison | Ce qui le distingue |
|---|---|---|---|---|
| ’Hidcote Blue’ | -20°C | 60 × 60 cm | juillet à septembre | Le violet le plus sombre, port très dense |
| ’Munstead’ | -20°C | 40 × 30 cm | juin à octobre | La plus longue floraison, format balcon |
| ’Alba’ / ‘Hidcote White’ | -10°C | 60 × 50 cm | juin à août | Fleurs blanches, moins rustique que le type |
| ’Loddon Pink’ | -15°C | 60 × 50 cm | juin à août | Rose pastel, à réserver aux sols très secs |
‘Munstead’ fleurit de juin à octobre, soit cinq mois, quand ‘Hidcote Blue’ se concentre sur juillet à septembre. Si vous n’avez la place que pour un seul pied, c’est l’argument. Sur un balcon, ses 40 cm de haut et 30 cm de large tiennent dans un pot de 30 cm de diamètre sans étouffer. La lavande Hidcote au quotidien demande à peine plus d’espace et donne un bleu plus profond.
Attention aux lavandes blanches et roses. Elles sont belles, et les catalogues les annoncent souvent moins rustiques que le type bleu, autour de -10°C pour les blanches. La couleur se paye en résistance. Si votre hiver descend régulièrement sous -12°C, restez sur le violet.
Lavandin : plus gros, plus généreux, un peu moins fin
Stérile, le lavandin ne se ressème pas, et il produit davantage d’huile essentielle que sa mère angustifolia. Les champs photographiés en Provence, ceux qui saturent les cartes postales, sont massivement des lavandins.
‘Grosso’ est le plus répandu. Il monte à 70 cm en hauteur comme en largeur, fleurit en juin et juillet, et tient -15°C. ‘Dutch’ reste plus compact, 45 × 45 cm, avec une floraison qui s’étale de juin à août. Les sélections récentes ‘Phenomenal’ et ‘Sensational’ sont vendues comme particulièrement tolérantes à l’humidité estivale, données à -15°C, respectivement 60 × 60 cm et 40 × 40 cm.
Pour une haie basse ou une bordure d’allée, le lavandin gagne : plus de volume par pied, donc moins de plants à acheter. Comptez 40 à 70 cm entre deux pieds selon la variété. Pour la cuisine, il perd. Son parfum camphré passe mal dans une crème dessert, et je l’ai vérifié une fois, sur une panna cotta que personne n’a finie.
Lavande aspic et lavande papillon : les cas particuliers
L’aspic mérite mieux que son statut de parent pauvre. Elle forme un buisson ramifié de près d’un mètre, ses feuilles atteignent 6 cm, elle fleurit à partir de juillet quand les autres commencent à faner, ce qui prolonge le massif d’un bon mois. Son huile essentielle titre environ 35 % de camphre et 33 % de cinéole, une composition qui l’a rendue populaire en usage cutané. Sa limite est nette : -10°C, et elle déteste l’eau hivernale encore plus que ses cousines.
La stoechas, elle, est la lavande la plus achetée et la plus mal placée. Ses bractées violettes dressées en toupet au-dessus de l’épi la rendent immédiatement reconnaissable, elle fleurit dès mai, parfois dès février dans le Var. Les cultivars ‘Anouk’ et ‘Papillon’ sont annoncés à -8 ou -10°C. Elle préfère les sols acides, à l’inverse de toutes les autres lavandes qui aiment le calcaire, ce qui interdit de la planter dans le même massif sans réfléchir.
En pot avec hivernage hors gel, la stoechas est un plaisir. En pleine terre au nord de la Loire, elle passera deux hivers doux et mourra au troisième.
Ce que je planterais chez vous
Au nord de la Loire, en sol lourd : L. angustifolia ‘Hidcote Blue’ ou ‘Munstead’, sur butte, avec gravier au fond du trou. Aucune des deux ne demandera de protection hivernale.
En climat continental, Alsace, Bourgogne, Auvergne : mêmes cultivars, le froid sec ne les gêne pas. C’est le seul contexte où les -20°C annoncés servent vraiment.
Sur la façade atlantique, hivers doux et pluies fréquentes : le drainage prime sur la rusticité. Un lavandin ‘Phenomenal’ ou ‘Sensational’ encaisse mieux l’humidité estivale que la lavande vraie.
Au sud d’une ligne Bordeaux-Valence : tout pousse, y compris la stoechas et l’aspic en pleine terre. Profitez-en, c’est le seul avantage climatique du lot.
Et dans tous les cas, une lavande achetée en fleur en avril a été forcée sous serre. Elle mettra une saison entière à s’endurcir. Plantez-la, taillez-la après floraison, et jugez-la l’hiver suivant, pas celui-ci.
Questions fréquentes
Quelle lavande résiste le mieux au froid ?
La lavande vraie, Lavandula angustifolia, tient -15 à -20°C selon le cultivar. Les sélections 'Hidcote Blue' et 'Munstead' sont annoncées à -20°C, ce qui les rend plantables partout en France en pleine terre. Le lavandin descend à -15°C, la lavande aspic à -10°C environ, la lavande papillon à -8 ou -10°C seulement.
Quelle différence entre lavande vraie, lavandin et lavande aspic ?
La lavande vraie (L. angustifolia) pousse spontanément entre 800 et 1 800 m d'altitude, elle porte un épi unique et son parfum est fin. La lavande aspic (L. latifolia) ne dépasse guère 600 m d'altitude, ses feuilles sont plus larges, son épi est ramifié et son huile contient environ 35 % de camphre. Entre les deux, L. x intermedia, le lavandin, est leur hybride naturel, plus grand, plus florifère, rustique à -15°C.
Peut-on planter de la lavande papillon en Bretagne ou en Normandie ?
En pleine terre, c'est un pari. La Lavandula stoechas gèle sous -10°C et supporte mal les hivers humides. Au nord de la Loire, cultivez-la en pot de 30 cm minimum et rentrez-la hors gel, ou choisissez une angustifolia qui passera l'hiver sans protection. Un sol qui reste détrempé en janvier la tue plus sûrement que le thermomètre.
Quelle variété de lavande choisir pour un pot sur un balcon ?
Une variété compacte : 'Munstead' plafonne à 40 cm de haut sur 30 cm de large et fleurit de juin à octobre, 'Hidcote' reste autour de 40 à 60 cm. Comptez un pot d'au moins 30 cm de diamètre et 25 cm de profondeur, avec un substrat pauvre et drainant. Les lavandins comme 'Grosso', qui atteignent 70 cm en tous sens, sont trop volumineux pour la plupart des balcons.
La rusticité annoncée sur l'étiquette est-elle fiable ?
Elle est mesurée en sol drainé et au sec. En terre lourde et gorgée d'eau, une lavande annoncée à -15°C peut mourir à -5°C : c'est le froid combiné à l'humidité des racines qui la tue, rarement le froid seul. Plantez sur butte avec du gravier au fond du trou et vous récupérez plusieurs degrés de marge réelle.
Quelle lavande pour la cuisine et les sachets parfumés ?
La lavande vraie, L. angustifolia, seule espèce au parfum vraiment fin. Lavandin et aspic sont beaucoup plus camphrés, l'huile d'aspic titrant autour de 35 % de camphre, ce qui donne une note médicinale en bouche. Pour un usage culinaire, restez sur 'Hidcote', 'Munstead' ou une lavande blanche de type 'Alba'.
Passionnée de plantes depuis 15 ans, je partage mes guides de soin depuis mon appartement lyonnais. Ancienne assistante vétérinaire, j'apporte un regard scientifique accessible à l'entretien du végétal.