Le pothos a une réputation d’increvable qui lui joue des tours. On l’offre aux débutants en disant qu’il pardonne tout, alors on l’arrose « au cas où ». Le seul geste, justement, qu’il ne pardonne pas.
J’ai vu mourir trois pothos chez la même personne, tous par excès de soin. Une amie qui les arrosait chaque dimanche matin, rituellement, en même temps que le reste de ses plantes. Ses fougères adoraient. Le pothos, dans un pot en plastique sans trou glissé dans un cache-pot en céramique, mettait 12 à 15 jours à sécher et recevait de l’eau tous les 7. Au bout de deux mois, les feuilles du bas pendaient, jaunes et molles, comme de la salade oubliée.
La bonne nouvelle, c’est que le pothos donne un signal très net avant de basculer. Pas dans ses feuilles. Dans sa tige.
- Nom commun
- Pothos, lierre du diable
- Nom latin
- Epipremnum aureum
- Famille
- Aracées
- Exposition
- Lumière vive indirecte, jamais de soleil direct
- Arrosage
- Environ 1 fois par semaine au printemps et en été, tous les 10 à 15 jours en hiver
- Température
- 18 à 25 °C, jamais sous 15 °C
- Humidité de l'air
- 50 à 65 %
- Rempotage
- Tous les 2 à 3 ans, pot de 5 cm de diamètre de plus
Molle ou sèche : la feuille jaune se lit au toucher
Prenez une feuille jaune entre le pouce et l’index, sans tirer. Deux sensations possibles, deux diagnostics opposés.
Elle cède, s’écrase, laisse une trace humide, et le pétiole plie mollement : de l’eau en trop. C’est le cas le plus fréquent chez les pothos d’appartement, et de loin.
Elle résiste, craque un peu, ses bords sont fins et cassants : de l’eau en moins, ou de l’air trop sec. Un logement chauffé descend souvent sous 40 % d’humidité en janvier, quand le pothos en demande 50 à 65 %.
Cette distinction sauve des plantes parce qu’elle évite le geste inverse. J’ai lu des dizaines de pages sur les feuilles jaunes du pothos qui traitent les deux cas dans le même paragraphe. Ça n’aide personne à décider quoi faire dimanche prochain.
Le test décisif se fait sur la tige
Voilà ce qui manque partout ailleurs. Le pothos est une liane : quand la pourriture démarre, elle remonte le long de la tige depuis le collet, et la tige raconte l’histoire bien avant les feuilles.
Écartez le feuillage et pincez la tige principale juste au-dessus du terreau, à 1 ou 2 cm de la surface. Ferme et vert clair sous les doigts ? Les racines tiennent encore, le problème est réversible en corrigeant l’arrosage. Molle, brune, avec une odeur aigre quand vous approchez le nez ? La pourriture est installée au collet, et aucun changement de fréquence d’arrosage ne la fera reculer.
| Ce que vous observez | Cause probable | Ce que vous faites |
|---|---|---|
| Feuilles basses jaunes et molles, tige ferme | Excès d’eau récent | Rien pendant 14 jours, puis test du doigt |
| Feuilles jaunes molles, tige brune au collet | Pourriture installée | Bouturer les parties saines, jeter la motte |
| Feuilles jaunes sèches, bords bruns | Air sec ou oubli d’arrosage | Arroser, remonter l’humidité à 50 % |
| Feuilles pâles, tiges longues, entre-nœuds étirés | Manque de lumière | Rapprocher d’une fenêtre à 1 ou 2 m |
| Jaune uniforme, croûte blanche sur le terreau | Excès d’engrais | Rincer avec 3 arrosoirs d’eau claire |
| 1 feuille jaune tout en bas, tous les mois | Vieillissement | Couper, ne rien changer |
Quand la tige est encore ferme, la correction tient en une phrase : ne plus arroser jusqu’à ce que les 2 à 3 premiers centimètres soient secs, et vider la soucoupe 15 minutes après chaque arrosage. Un pothos en pot de 15 cm dans une pièce à 20 °C sèche en 7 à 10 jours l’été, en 12 à 15 jours l’hiver. Vérifiez, ne comptez pas.
Reste un piège dont on parle peu : la lumière et l’arrosage se règlent ensemble. On installe le pothos dans un coin sombre parce qu’on le dit tolérant, ce qui est vrai, il y vit très bien. Sauf qu’une plante qui reçoit peu de lumière transpire moins et vide son pot beaucoup plus lentement. Même arrosoir, même fréquence, deux fois plus d’eau stagnante. Déplacez la plante à 1 ou 2 mètres d’une fenêtre sans soleil direct, et le même rythme d’arrosage devient soudain correct. Les feuilles jaunes molles d’un pothos de couloir viennent presque toujours de cette combinaison, pas de l’eau seule.
Le jaune qui n’est pas un symptôme
Deux fausses alertes reviennent tout le temps, et elles font arracher des feuilles parfaitement saines.
La panachure d’abord. L’Epipremnum aureum, le pothos doré, porte des marbrures jaune crème irrégulières, mêlées de vert franc sur la même feuille. Une feuille panachée reste ferme, brillante, avec des zones nettement délimitées. Le jaunissement pathologique, lui, est diffus, uniforme, et gagne la feuille entière en 3 à 5 jours pendant que la texture se ramollit. Si vous hésitez, comparez avec une feuille jeune du même plant.
Le vieillissement ensuite. La feuille la plus basse, la plus proche du terreau, jaunit et tombe de temps en temps. Tant que le rythme reste autour d’une feuille par mois et que les nouvelles pousses sortent normalement, la plante fait juste son ménage. Coupez à la base du pétiole et passez à autre chose.
La règle : on ne corrige jamais un arrosage sur la foi d’une seule feuille jaune. Il faut au moins trois feuilles touchées en une semaine, ou une tige qui a perdu sa fermeté, avant de toucher à sa routine.
Sauver la plante quand la souche est perdue
Une tige molle et brune au niveau du terreau signifie que la partie basse ne repartira pas. J’ai perdu du temps à essayer, en rempotant, en séchant, en coupant les racines noires. Sur un pothos, ça marche rarement, et pendant qu’on s’acharne la pourriture continue de remonter le long de la liane.
La méthode qui fonctionne est plus radicale. Remontez la tige jusqu’à trouver du vert ferme, puis coupez 5 cm au-dessus de cette limite, avec une lame passée à l’alcool. Découpez ensuite des segments de 10 à 15 cm portant chacun 2 ou 3 feuilles et au moins un nœud, ce petit renflement brun d’où sortent les racines aériennes. Retirez la feuille du bas pour qu’elle ne trempe pas.
Dans un verre d’eau, à 20 °C et en lumière vive, les premières racines apparaissent en 10 à 15 jours. Attendez qu’elles atteignent 5 à 7 cm avant de mettre en terre, ce qui prend en général 3 à 4 semaines au total. Changez l’eau tous les 3 jours : c’est fastidieux, et c’est ce qui fait la différence entre des boutures qui racinent et des boutures qui noircissent à leur tour.
Cinq ou six segments réunis dans le même pot de 12 à 15 cm redonnent une plante fournie en une saison. Le substrat : du terreau pour plantes vertes additionné de 20 à 30 % de perlite, dans un pot percé, sans soucoupe pleine.
Ce que vous faites ce soir
Trois gestes, dans cet ordre, et rien d’autre pendant deux semaines.
Pincez la tige au ras du terreau. C’est le seul test qui décide entre « corriger » et « bouturer », et il prend dix secondes. Enfoncez ensuite l’index sur 2 à 3 cm dans le substrat, et notez la date quelque part si c’est humide, parce que la mémoire d’arrosage nous trahit tous. Sortez enfin le pot du cache-pot en céramique pour regarder si l’eau stagne au fond, ce qui arrive plus souvent qu’on ne l’imagine.
Passé ces deux semaines, reprenez un rythme calé sur le doigt et non sur le dimanche. La méthode d’arrosage des plantes d’intérieur donne le détail par type de pot et d’exposition. Pour le reste, le guide d’entretien du pothos couvre la lumière, la taille et le tuteurage. Et si vous avez aussi un monstera qui jaunit dans la même pièce, la cause est probablement commune : le diagnostic des feuilles jaunes du monstera suit la même logique de lecture.
Questions fréquentes
Pourquoi mon pothos a-t-il des feuilles jaunes et molles ?
La combinaison jaune et molle désigne presque toujours un excès d'eau. Le substrat n'a pas le temps de sécher entre deux arrosages, les racines s'asphyxient et la feuille perd sa rigidité avant de jaunir. Vérifiez avec le doigt sur 2 à 3 cm de profondeur : si c'est humide et que vous avez arrosé il y a moins de 7 jours, arrêtez tout pendant deux semaines.
Comment savoir si mon pothos pourrit à la base ?
Pincez la tige juste au-dessus du terreau. Une tige saine est ferme et vert clair. Molle, brune ou noire, qui s'écrase entre les doigts, elle signe une pourriture installée. Dans ce cas, la souche est rarement récupérable : coupez des boutures de 10 à 15 cm sur les parties encore fermes et repartez de là.
Les feuilles jaunes du pothos peuvent-elles reverdir ?
Non, une feuille jaune ne récupère pas sa chlorophylle. Coupez-la à la base du pétiole une fois qu'elle est jaune sur plus de la moitié de sa surface. La plante, elle, repart : après correction, les nouvelles feuilles sortent vertes en 3 à 4 semaines pendant la saison de croissance, de mars à septembre.
À quelle fréquence arroser un pothos ?
Environ une fois par semaine au printemps et en été, tous les 10 à 15 jours d'octobre à février, selon le chauffage et la lumière. Le calendrier reste indicatif : le repère fiable est le test du doigt sur 2 à 3 cm. Un pothos supporte très bien d'être oublié une semaine, il supporte beaucoup moins d'être arrosé deux fois de trop.
Mon pothos doré a des feuilles jaunes, est-ce grave ?
Regardez si le jaune forme des marbrures irrégulières mêlées de vert franc, sur une feuille ferme : c'est la panachure normale de l'Epipremnum aureum, pas un symptôme. Le jaunissement pathologique est diffus, uniforme, et touche la feuille entière en même temps que sa fermeté.
Faut-il rempoter un pothos qui jaunit ?
Seulement si les racines tournent en spirale au fond du pot ou si le terreau reste détrempé plus de 5 jours. Prenez alors un pot de 5 cm de diamètre de plus, pas davantage, et ajoutez 20 à 30 % de perlite au terreau. Comptez 2 à 3 semaines de stress après l'opération, avec parfois une ou deux feuilles jaunes de plus.
Passionnée de plantes depuis 15 ans, je partage mes guides de soin depuis mon appartement lyonnais. Ancienne assistante vétérinaire, j'apporte un regard scientifique accessible à l'entretien du végétal.